Le contexte
Le capital-investissement a connu une décennie de collecte soutenue, suivie d'un ajustement à partir de 2022 : remontée des taux, valorisations sous pression, allongement des durées de détention. Cet ajustement n'a pas remis en cause l'attrait structurel de la classe d'actifs, mais il a modifié le rythme des distributions.
La question des sorties
Le point le plus documenté est le stock d'actifs détenus par les fonds sans perspective de cession immédiate. Les gérants ont retardé des cessions plutôt que de vendre à des valorisations jugées insuffisantes, ce qui allonge mécaniquement la durée de vie des fonds et retarde les distributions aux souscripteurs.
Pour un investisseur, la conséquence est simple : entre l'horizon annoncé d'un fonds et l'horizon réel, l'écart s'est creusé.
La montée du secondaire
Le marché secondaire s'est développé en réponse, avec deux usages distincts. Les investisseurs y cèdent des positions pour retrouver de la liquidité. Les sociétés de gestion y organisent des opérations dites GP-led, qui permettent de prolonger la détention d'actifs jugés encore porteurs en faisant entrer de nouveaux souscripteurs.
Pour un souscripteur, le secondaire présente un avantage propre : le portefeuille est déjà constitué au moment de l'engagement, ce qui réduit l'incertitude de déploiement et raccourcit la courbe de retour.
Ce que cela implique pour un remploi
Trois conséquences pratiques. D'abord, l'allongement des durées de détention rend l'horizon annoncé d'un fonds moins informatif : il faut regarder le millésime précédent et son rythme réel de distribution. Ensuite, la contrainte de conservation de cinq ans imposée depuis 2026 s'articule mal avec des fonds dont la vie effective dépasse dix ans, sans être bloquante. Enfin, une allocation de remploi construite uniquement sur des fonds primaires concentre le risque de déploiement lent.
C'est l'un des arguments en faveur d'une allocation mêlant primaire, secondaire et co-investissement, lorsque les tickets le permettent.